Les 50 nuances…du chien

Les 50 nuances…du chien

Les 50 nuances…du chien

Lorsque j’ai eu mon premier chien, j’ai lu quelques livres qui m’ont appris qu’il risquait de vouloir me dominer.
Pour éviter cela, il était impératif qu’il mange après moi, qu’il passe après moi le pas de porte, qu’il se pousse s’il était couché dans le passage, qu’il ne monte pas sur le canapé ou sur le lit (position de supériorité) et surtout qu’il obéisse à tous mes ordres que je lui disais d’un ton autoritaire de maîtresse dominatrice (tout un programme !).

Pour la porte, si elle n’attendait pas, je tirais un coup sur son collier en lui ordonnant d’attendre ou en la coinçant entre la porte et moi, quand elle était couchée dans le couloir, je lui disais de filer en la poussant avec mes pieds, si elle tirait sur son collier dans la rue et qu’elle ne revenait pas à sa place à coté de moi, je lui mettais une petite claque sur les fesses, pendant les repas elle avait obligation de rester dans son panier et afin qu’elle ne grogne pas quand elle mangeait je lui avais repris plusieurs fois la gamelle afin de lui montrer qu’elle n’avait rien à dire.
Et ça a vraiment très bien fonctionné. Je n’étais pas une tortionnaire, je l’adorais ma chienne mais en bonne élève j’étais convaincue du bien fondé de ma façon de faire.
En tous cas, en bonne pâte, elle a accepté tous mes caprices d’humain. Elle était ce qu’on appelle « un chien bien élevée et soumis », celui que les gens regardent avec envie en me demandant des conseils : la grande classe ! 
En fait ma chienne ne prenait aucune initiative. Elle était comme mon ombre, me suivant partout avec abnégation…mais ça je l’ai su que bien après qu’elle m’est quittée…

Lorsque je me suis intéressée à l’éducation positive voyant que toutes ces techniques n’aboutissaient qu’à un échec avec Blue la belette, après avoir lu avec soulagement que ma chienne ne rêvait pas d’être la femelle Alpha au sein de ma famille (ça fait bizarre dit comme ça non ?), je me suis retrouvée quand même face à un problème de taille : comment interdire certains comportements de mon chien sans lui crier dessus, sans le taper, sans coup de collier, sans être une maîtresse dominatrice ? 

Oui, parce que si on fiche la hiérarchie à la poubelle et qu’on arrête de vouloir refaire un remake des « 50 nuances de… », il reste quand même un état de faits : mon chien doit connaitre et appliquer un certain nombre de règles de la vie quotidienne sans lesquelles nous ne vivrons pas en harmonie ensemble. Dans mon cas, celles de notre foyer de 4 humains (dont 2 petits humains »), ce qui ne facilite pas les choses puisqu’elle doivent être appliquées par tout le monde.

Après quelques lectures, j’avais retenu que je devais récompenser les bons comportements, ça s’était relativement facile (quoique, c’est quoi un bon comportement ?).
Et j’avais retenu également que je devais ignorer les mauvais. Et là c’était le grand blanc pour moi.

Comment pouvais je ignorer ma chienne montant sur la table du salon ? Ma chienne mangeant les chaussures ? Ma chienne tirant sur sa laisse ? Ma chienne courant après mes filles et tentant de leur attraper leurs vêtements ? Ma chienne ramenant les culottes dans la salle à manger ? Ma chienne courant après les chevreuils ? etc etc

Comment pouvez vous ignorer votre chien qui vous saute dessus ? Qui saute sur vos invités ? Qui fouille dans la poubelle ? Qui fait pipi au milieu du salon, sur le tapis, sous vos yeux en revenant de la balade ? Qui vous attrape le bras pour jouer ? Qui aboie après les passants ? Après les autres chiens ? Qui mange les pieds de la table ? etc etc 

Toutes ces comportements inadaptés dans notre monde d’humains, qui parfois nous désespèrent, nous énervent, nous épuisent, nous font honte.

Alors comment faire sans s’énerver ? Sans crier ? Sans taper ? Sans électrifier ? Sans étrangler ?

Là est la réelle difficulté de l’éducation positive. Crier, s’énerver, punir, on sait tous le faire de façon assez naturelle, on a pas besoin d’être former pour cela. Et puis souvent, ça soulage…

L’éducation positive exige que l’on se forme sur cet « autre » qu’est le chien, sur ses besoins, sur la façon dont il communique, sur la façon dont il apprend, que l’on se remette en cause, qu’on l’envisage comme un être qui n’a pas pour essence le devoir de faire ce qu’on lui dit, d’être ce qu’on veut qu’il soit.
Lorsque nous décidons de vivre en coopération avec le chien, nous prenons le parti de ne pas agir sur le comportement gênant mais plutôt de l’anticiper, de le comprendre quand il n’a pas pu être anticiper et d’agir sur les déclencheurs de ce comportement, sur ce qui va permette de l’éteindre ou d’être assouvi de façon « adaptée ». Nous apprenons aussi quels sont nos comportements qui induisent ceux du chien. Nous apprenons à communiquer avec lui de façon efficace et cohérente.

Exemple : parmi les règles de notre foyer, je ne souhaite pas que Blue vienne autour de nous lorsque nous mangeons à table. Avec les enfants cela aurait été incontrôlable et bien trop tentant de lui donner des restes. Cela aurait provoquer forcément chez elle l’envie de quémander, voire plus gênant pendant les repas. La règle était l’interdiction formelle de la solliciter à table ou de lui donner à manger. Tout le monde l’ignorait quand nous mangions. Pour l’aider quand elle était chiot à prendre l’habitude de rester tranquille pendant notre repas, elle avait à un jouet fourrée de nourriture dans son panier. Aujourd’hui encore, elle mange les restes uniquement quand nous ne sommes plus à table. Ce n’est pas parce que j’ai peur qu’elle nous domine, c’est juste parce que je trouve désagréable d’avoir un chien qui me regarde, gratte ma jambe, gémit quand je mange. Je souhaite pouvoir aussi l’emmener au restaurant en vacances et cela n’est possible que si le chien est capable d’être tranquille pendant les repas.

Lorsque vous êtes confronté à un comportement  problématique, il est important déjà d’admettre qu’il ne pose problème qu’à l’humain que vous êtes et que c’est peut -être vous qui l’avez induit sans vous en rendre compte.
Votre chien a ce comportement parce qu’il lui apporte quelque chose. Deuxièmement, votre chien ne parle pas français, vous ne pourrez pas lui expliquer que ce comportement vous dérange.

Exemple : votre chien tire en laisse.
Soit vous prenez un outil qui va amener un inconfort lorsqu’il tire et il ne tira plus (ou moins), comme un collier étrangleur ou à piques ou électrique. Le résultat sera rapide et confortable pour vous. Mais vous n’aurez pas réglé le vrai problème. Lorsque vous retirez le collier inconfortable par un collier simple, votre chien tire toujours. Il pourra également avoir associer la balade à vos cotés comme quelque chose de désagréable, associer le croisement avec des congénères (ou autres stimuli qu’il trouvait plaisant avant) comme pénible (coup de collier lorsque le chien tire pour aller voir) ou se résigner à marcher à vos côtés sans broncher, sans plaisir (enfin pour lui en tous cas). 

Soit il va falloir l’amener à changer de comportement en comprenant ce que ça lui apporte.
1) Il manque d’activité physique : il exprime un besoin.
2) Il n’a pas appris à marcher en laisse : quand il tire ça va plus vite et cela lui permet d’atteindre son but. C’est devenu une habitude.
3) Il n’aime pas être proche du conducteur parce qu’il a déjà pris des coup de collier ou subit des réprimandes : tirer lui permet de s’éloigner de cette source d’inconfort.
4) Il se sent en insécurité et il est attaché (imaginez vous dans une forêt plein de serpents et vous ne pouvez pas fuir parce que quelqu’un vous tient avec une corde)  : tirer lui permet de s’éloigner plus facilement de ce qui lui fait peur.
5) A chaque promenade, quand il tire en laisse, on le détache : il a bien raison de tirer !
6) Il ne prend pas de plaisir à marcher en laisse à coté de son propriétaire à part tirer pour atteindre les odeurs convoitées.
7) il a dans ses gènes (sélection faite par l’homme quand ça l’arrangeait) un instinct qui le pousse à tracter : il exprime un besoin.
etc etc

Il peut y avoir plusieurs raisons mélangées mais si vous y réfléchissez, cela vous permettra de résoudre votre problème de façon définitive en prenant du plaisir ensemble à marcher en laisse.

Cela sera plus long, demandera de l’empathie, de la patience, de l’investissement et de l’observation mais finalement, n’est ce pas notre devoir lorsque nous prenons la responsabilité de faire vivre une autre espèce à nos côtés avec nos règles d’humain ?

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